Une cartographie honnête du paysage politique français. Les convergences et les désaccords avec chaque force, assumés sans diplomatie de façade.
Quatre dimensions indépendantes pour situer chaque force politique. Aucun axe ne se déduit d'un autre : on additionne ou non selon les sujets. Osons l'Avenir, en relief, ne s'aligne sur aucun parti existant.
Lecture qualitative des points d'accord et de désaccord avec chacune des principales forces politiques de 2027.
Le RN est un parti d'extrême droite. Son histoire, ses cadres, ses alliances européennes (Orbán, post-fascistes italiens, AfD, VOX) et son financement étranger documenté l'établissent sans ambiguïté : le Rassemblement National a emprunté 9 M€ en 2014 à une banque russo-tchèque liée au Kremlin, faute de prêteur français disposé, au moment précis où Moscou cherchait des relais en Europe occidentale.
L'électorat RN : les millions de Français qui votent RN expriment une colère légitime face à l'insécurité, à l'immigration mal gérée et au déclassement économique. Cette colère mérite d'être prise au sérieux, pas instrumentalisée. Le programme traite chacun de ces sujets : fermeté réelle sur l'immigration (expulsions effectives, ciblage des employeurs exploiteurs), pouvoir d'achat structurel (autoroutes nationalisées, train à 49 €, Pix public), sécurité chiffrée (30 000 policiers supplémentaires, 20 000 places de prison), souveraineté industrielle (nucléaire, spatial, fin de l'extraterritorialité américaine).
Le programme RN : aucun chiffrage sérieux, aucun financement identifié. La promesse phare des retraites à 60 ans n'est adossée à aucune ressource (coût estimé : 30 à 50 Md€/an). Rien pour l'hôpital, l'éducation, les aidants, les violences conjugales. Le virage libéral de Bardella (62 % du contre-budget en baisses de charges) contredit les attentes sociales de sa propre base. L'alliance avec Orbán, le FPÖ, l'AfD et VOX compromet la souveraineté nationale que le parti prétend défendre : on ne peut pas être indépendant et aligné sur Budapest et Moscou.
Reconquête et ses héritiers (Identité-Libertés de Marion Maréchal) s'opposent point par point au programme sur le plan philosophique. Le programme se fonde sur l'universalisme républicain (article 10 de la Déclaration de 1789 : la laïcité protège la liberté religieuse de tous, sans hiérarchie entre les religions). Reconquête se fonde sur un essentialisme ethno-culturel qui définit une « civilisation européenne » prétendument menacée par l'islam et ne distingue pas islamisme politique et pratique religieuse ordinaire.
Sur l'islamisme : le programme combat l'islamisme politique en protégeant les 5 millions de musulmans français qui le subissent au quotidien. Reconquête utilise l'islamisme comme prétexte pour stigmatiser tous les musulmans visibles. Les deux formations peuvent prononcer les mêmes mots (souveraineté, laïcité, islamisme) sur des fondations philosophiques radicalement incompatibles. Lorsque Zemmour propose l'interdiction du voile dans l'espace public, il n'applique pas la laïcité : il la retourne, en imposant une norme vestimentaire étatique à la place d'une autre.
Bilan : 7 % en 2022 sur un programme mono-thématique, éclatement interne (Zemmour a exclu Marion Maréchal en 2024), aucune mesure sur l'hôpital, l'école, les retraites, le pouvoir d'achat, le logement, l'écologie ou le handicap. Les alliances avec Meloni, Orbán et Abascal contredisent la souveraineté française revendiquée : ces partenaires ont des positions documentées favorables à Poutine et compromettent la défense européenne que la France doit contribuer à bâtir.
LFI partage avec ce programme une grande partie du diagnostic social. Les divergences portent sur la méthode et sur des failles documentées.
Laïcité à géométrie variable : seul parti de gauche à boycotter la marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023. Des élus ont participé à la marche du CCIF en 2019 malgré ses liens documentés avec les Frères Musulmans. Mélenchon a utilisé de façon répétée des tropes antisémites documentés (Braun-Pivet "campant à Tel Aviv", double allégeance imputée à Guedj, ironie sur la prononciation d'"Epstein" condamnée par la LDH en 2026), sans aucune sanction interne.
Constituante et risque autoritaire : La constituante promise est séduisante : refondation démocratique, assemblée citoyenne, participation directe. En interne, LFI fonctionne à l'opposé : purges des élus dissidents (Corbière, Autain, Garrido), aucun vote interne contraignant depuis la fondation, soutien à Quatennens malgré sa condamnation pour violences conjugales. Ce précédent interne, couplé à l'indulgence documentée envers Poutine, Maduro et le régime iranien, rend le risque concret : la constituante vénézuélienne de 2017, soutenue par Mélenchon, a concentré les pouvoirs entre les mains d'un seul homme en éliminant l'opposition parlementaire.
Sectarisme doctrinal : LFI qualifie systématiquement de « droite » les forces de gauche qui divergent de sa ligne, s'érigeant en seule gauche légitime. Ce mécanisme a un précédent documenté : la doctrine « social-fascisme » du Komintern (1928-1934) a interdit toute alliance avec les sociaux-démocrates au nom de la pureté doctrinale ; en Allemagne, elle a empêché l'union contre Hitler. Mélenchon revendique l'héritage jacobin : historiquement, le purisme doctrinal fragmente les alliés et profite à l'adversaire commun.
Le gaullisme avait deux jambes : la souveraineté et la solidarité. Sous Retailleau, LR n'en conserve qu'une. Ce qui s'appelle encore « Les Républicains » en 2027 n'est plus le parti de Séguin, de Barnier ou de Chirac, qui liait l'autorité de l'État à la responsabilité sociale de l'État.
Ce qui reste : la fermeté sécuritaire et l'orthodoxie budgétaire, héritages assumés du chiraquisme tardif. Ces convergences avec le programme sont réelles. Mais LR les découple de leur contrepartie sociale : la sécurité sans les services publics, l'ordre sans la justice. Depuis 2017, Retailleau a progressivement aligné LR sur l'agenda du RN pour capter un électorat en fuite, brouillant l'identité propre du parti et légitimant ce qu'il prétendait combattre. Sur les retraites à 64 ans, LR n'a proposé aucun financement alternatif pour les métiers pénibles, que ce programme traite spécifiquement (retraite à 57, 59 ou 60 ans selon l'exposition).
Ce qui a disparu : l'hôpital, l'école, le handicap, les aidants sont absents du programme LR. Sarkozy avait effacé l'héritage gaulliste de souveraineté militaire en réintégrant le commandement de l'OTAN en 2009. LR n'a jamais répondu à l'extraterritorialité américaine (14 Md$ d'amendes sur les entreprises françaises), ni défendu le nucléaire civil comme outil souverain, ni proposé de nationaliser les autoroutes arrivées à échéance. La fermeté sans le social, l'autorité sans la souveraineté : une seule des deux jambes gaullistes.
David Lisnard, maire de Cannes depuis 2014, ancien président de l'AMF, a fondé Nouvelle Énergie en 2024 autour du triptyque « Liberté, Ordre, Dignité » : la devise républicaine est réécrite dans une grille libérale-conservatrice, « Ordre » remplaçant « Égalité », « Dignité » remplaçant « Fraternité ». La doctrine assumée : ordo-libéralisme, État recentré sur le régalien, capitalisation des retraites, baisse des dépenses publiques, suppression de la carte scolaire.
Le point d'accord : la France garde des ressources réelles (333 Md€ de santé, recherche d'excellence, capacité industrielle, dynamisme local) et son problème principal tient à la gouvernance, pas à un déclin fatal. 87 % du territoire en désert médical, 20 heures par semaine de tâches administratives pour un médecin : sur ce diagnostic, les deux programmes convergent.
Le désaccord de méthode : Lisnard sort la tronçonneuse (capitalisation, médecine libérale au cœur, fiscalité locale réduite, suppression de la carte scolaire, sans chiffrage) ; le programme préfère le scalpel (rationalisation administrative, hôpital investi, 6 EPR2, autoroutes nationalisées, retraite à pénibilité, chaque mesure adossée à son euro). Aucun chiffrage n'apparaît dans le programme principal ni dans les carnets Santé (mai 2026) et Agriculture (février 2026) : annoncer une « réduction massive des dépenses publiques » sans préciser lesquelles, à quelle échéance, pour quel impact, reste une posture.
Le PS porte des idées proches de ce programme sur l'éducation, la santé, les droits sociaux et les institutions. La proximité programmatique est réelle et sincère sur un large périmètre : violences conjugales, transparence salariale, logement, écologie de gouvernement.
Le poids de l'héritage : le quinquennat Hollande a transformé une compétence réelle en réputation de renoncement. Alstom vendu sans condition de maintien industriel, promesses fiscales abandonnées dès la première loi de finances (CICE substitué à une TVA sociale, ISF allégé, taxe sur les transactions financières réduite à son minimum), Hidalgo à moins de 2 % en 2022. Depuis, une reconstruction sous Faure par alliances de circonstance avec LFI qui brouille la ligne sur la laïcité, l'immigration et la sécurité. Les idées sont souvent justes ; la capacité à les tenir jusqu'au bout manque structurellement depuis 2012.
Les divergences de fond : le PS reste ambigu sur la fermeté sécuritaire (couvre-feu, expulsions, certitude de la peine), sur le nucléaire bas-carbone et sur la défense à 3 % du PIB. Ce sont trois positions structurantes pour ce programme, sans lesquelles la sécurité reste une promesse creuse, la transition climatique arithmétiquement impossible et la souveraineté française une posture. Ces ambiguïtés ne sont pas tactiques : elles découlent d'une famille de parti qui n'a jamais tranché entre son aile gestionnaire (Hollande, Cazeneuve) et son aile NUPES, et qui a renoncé à imposer ses arbitrages à l'une comme à l'autre.
Les Écologistes portent l'urgence climatique avec une cohérence que peu d'autres ont. Leur diagnostic sur la rénovation thermique, l'agriculture, la biodiversité, l'eau et l'économie circulaire rejoint largement ce programme, qui emprunte sans hésiter ce qui a fonctionné en gestion municipale (Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble).
Trois angles morts chroniques : le refus dogmatique du nucléaire (seule électricité décarbonée et pilotable à l'échelle française ; sans le parc nucléaire, le passage aux énergies intermittentes impose un recours au gaz en base, ce qui aggrave les émissions à court terme) ; l'oscillation tactique permanente entre alliance NUPES et identité propre, qui brouille le message sur le climat ; l'instabilité d'incarnation (Jadot 2022, alternance Bayou-Tondelier, débats internes constants sur le rapport à LFI) qui nuit à la crédibilité gouvernementale.
Le résultat structurel : un plafond autour de 5 % à la présidentielle, alors que la sympathie écologique des Français en vaut trois fois plus. Le programme assume ce que les Écologistes évitent : nucléaire bas-carbone (6 EPR2 et prolongation du parc), défense à 3 % du PIB (sans défense souveraine, les normes climatiques ne s'imposent pas à l'échelle européenne), État régalien capable d'appliquer les règles environnementales. L'urgence climatique mérite une stratégie de pouvoir capable de l'exécuter, pas seulement de l'annoncer.
Candidat déclaré à la présidentielle de 2027, Ruffin est le seul à gauche à parler aux électeurs populaires sans les mépriser, en allant les filmer dans leurs usines, leurs maisons de retraite, leurs supermarchés. Son honnêteté intellectuelle et sa capacité à écouter les gens ordinaires sont des qualités rares en politique. Sa rupture avec Mélenchon en 2024 confirme qu'il refuse le modèle organisationnel de LFI. Sa bande dessinée Picardie Splendor (mai 2026) nuance pourtant cette image : en se mettant en scène comme le héros de chaque récit, le passeur des invisibles glisse vers le sauveur.
Les convergences : la critique du modèle Alstom (vente des fleurons industriels sans conditions de maintien), de l'exploitation des travailleurs immigrés par des employeurs peu scrupuleux, des concessions autoroutières prolongées, de la grande distribution qui écrase les prix agricoles. L'exemplarité incarnée (NousPresident.fr, rémunération au SMIC, refus des avantages parlementaires) correspond à ce que le programme attend de ses élus. La colère populaire qu'il documente est la même que celle que les 96 mesures cherchent à résoudre structurellement.
Le manque structurel : aucune position développée sur la défense nationale, le nucléaire, la cybersécurité ou la politique étrangère. Aucun chiffrage ni financement identifié sur aucune mesure. Aucun parti, aucun appareil, aucune capacité à former un gouvernement, à rédiger un budget de 500 Md€ ou à négocier un traité européen. L'intuition juste et l'exemplarité personnelle sont nécessaires pour régénérer la politique. Elles ne suffisent pas à gouverner un État de 68 millions d'habitants.
Le macronisme s'était érigé en parti de la compétence et du « en même temps ». Huit ans plus tard, le bilan dément la promesse sur ses propres termes : les deux jambes économique et sociale ne se tiennent pas.
Le bilan : dette à plus de 110 % du PIB, déficit toujours supérieur à 5 % malgré les hausses d'impôts de 2024, hôpital saturé, école dégradée, industrie cédée (Alstom vendu, turbines rachetées 200 M$ sans le logiciel de contrôle). Autoroutes prolongées à 55 Md€ de bénéfices pour les concessionnaires. Extraterritorialité américaine sans riposte malgré 14 Md$ d'amendes sur les entreprises françaises. Suppression de l'ISF en 2017 : transfert de 3 à 5 Md€/an vers les patrimoines les plus élevés sans effet démontré sur l'investissement productif en France.
La méthode : gouverner par 49.3 à répétition, humilier les corps intermédiaires, mépriser les maires, ignorer les syndicats, puis s'étonner des gilets jaunes et d'un Parlement ingouvernable. La dissolution surprise de juin 2024 a aggravé l'instabilité institutionnelle sans la résoudre. Le macronisme a concentré le pouvoir au sommet, réduit le Parlement à une chambre d'enregistrement, remplacé le débat par la « pédagogie ». Le programme fait l'inverse : proportionnelle, RIC, convention citoyenne, chambre des territoires, suppression du 49.3.
Le programme emprunte à la droite gaulliste la souveraineté et la fermeté, à la gauche sociale l'hôpital, l'éducation et la redistribution, aux écologistes l'exigence environnementale. À personne : le clientélisme, la complaisance envers les autoritarismes, la promesse non financée.